CHAPITRE 23

Ils filèrent à bride abattue vers le sud, dans les plaines désolées de l’ouest de Darshiva. Velvet menait à nouveau le cheval de Ce’Nedra, la petite reine tenant toujours son amulette d’une main tandis qu’elle se cramponnait à la voiture de l’autre.

— Les Darshiviens ne savent pas encore qu’Urvon leur a tendu une embuscade, déclara-t-elle.

— Ils ne vont pas tarder à s’en apercevoir, rétorqua Silk.

— Nous sommes encore loin de la frontière de Gandahar ? demanda Garion.

— À une vingtaine de lieues environ, répondit Zakath.

— Grand-père ! appela Garion. Nous sommes vraiment obligés de descendre tellement au sud ?

— Probablement pas, répondit le vieux sorcier. Beldin nous guide de là-haut. Dès que nous aurons dépassé les éclaireurs d’Urvon, il nous mènera dans les montagnes. Je n’ai pas spécialement envie de visiter Gandahar. Et toi ?

— Pas vraiment, non.

Le ciel s’assombrissait de plus en plus, au fur et à mesure qu’ils avançaient, et Garion sentit bientôt les premières gouttes d’une pluie glaciale lui piqueter le visage. En arrivant au sommet d’une colline, Belgarath se dressa sur ses étriers pour voir ce qui les attendait de l’autre côté.

— Là-bas, fit-il en tendant le bras. Il décrit des cercles.

Garion suivit la direction qu’il lui indiquait. Un oiseau isolé, petit point minuscule dans le lointain, planait presque paresseusement, au gré des courants aériens, au-dessus de la vallée. Comme ils dévalaient la pente au grand galop, l’oiseau prit vers l’ouest en battant lentement des ailes. Ils tournèrent bride et le suivirent.

La bruine devint une averse glaciale qui nimba la contrée environnante dans une sorte de gaze translucide.

— Ah, que j’aime me balader à cheval sous la pluie ! s’exclama Silk avec une ironie mordante.

— Compte tenu des circonstances, je ne trouve pas ça si déplaisant, rétorqua Sadi. Le brouillard est de loin préférable, bien sûr, mais la pluie réduit sensiblement la visibilité, et avec tous ces gens qui nous courent après…

— Là, vous marquez un point, grommela Silk en remontant sa cape jusqu’à ses oreilles.

L’uniformité du paysage fut bientôt rompue par des surrections rocheuses, des blocs de pierre érodée par les intempéries qui jonchaient le sol tels des osselets abandonnés par un enfant géant. Au bout d’une demi-heure de chevauchée, Beldin les mena dans une gorge dont les parois escarpées se relevèrent peu à peu, si bien qu’ils se retrouvèrent au bout d’un moment dans un ravin étroit où ils avançaient à deux de front, sous la pluie battante.

Vers le milieu de l’après-midi, Garion essuya son visage ruisselant et tenta de percer le rideau de pluie. Le ciel, à l’ouest, semblait s’éclaircir, comme si le temps devait enfin se lever. Il comprit à quel point le ciel perpétuellement bouché de Darshiva le déprimait inconsciemment. Il talonna Chrestien et repartit au galop. Il lui semblait que lorsqu’ils auraient retrouvé la lumière du soleil tout s’arrangerait.

À un détour du défilé, il vit Beldin debout au milieu de la piste, juste devant eux. Ses cheveux feutrés étaient plaqués sur son crâne d’où ils pendaient lamentablement sur ses épaules et une véritable cascade dégoulinait de sa barbe.

— Vous feriez mieux de ralentir, fit-il d’un ton hargneux. On vous entend à une lieue à la ronde, et nous ne sommes pas seuls dans le coin.

Garion calma à regret les ardeurs de son grand étalon gris.

— Où mène cette ravine au juste ? demanda Belgarath.

— Elle tournicote un peu, mais elle débouche sur une corniche orientée nord-sud. Vers le nord, elle mène à la grande route des caravanes. C’est le meilleur moyen d’entrer en Dalasie.

— Seulement, ça, tout le monde le sait.

— C’est vrai. Mais nous aurions au moins un jour d’avance sur eux et ils n’ont pas fini de régler leurs comptes.

— Tu vas repartir en éclaireur ?

— Pas tant qu’il pleuvra comme ça. J’ai les plumes tellement mouillées qu’il faudrait un treuil pour me faire quitter le sol. Oh, encore une chose : vous ferez attention quand nous arriverons à cette corniche. Elle passe juste à quelques lieues au nord de l’endroit où Nahaz a tendu son embuscade.

— Je trouve ton itinéraire assez discutables ronchonna Belgarath. Si quelqu’un là-bas a l’idée de lever le nez, nous aurons la moitié de l’armée d’Urvon sur le dos.

— Pour ça, il faudrait qu’ils aient des ailes. Un tremblement de terre a ébranlé la région, il y a quelques milliers d’années, faisant tomber un pan entier de la montagne. Le flanc de la corniche est maintenant une paroi verticale.

— De quelle hauteur ?

— Suffisante, rassure-toi. Un millier de pieds, au moins.

— Et à quelle distance de la route des caravanes ta corniche passe-t-elle ?

— Une quinzaine de lieues à partir de l’endroit où nous la rejoindrons.

— Donc au nord de l’armée d’Urvon.

— Assez au nord, oui.

— Pourquoi Nahaz ne l’a-t-il pas prise ? Pourquoi n’a-t-il pas tout simplement tourné vers l’ouest ?

— Sans doute pour éviter que les Darshiviens et leurs éléphants le prennent à revers. Et puis, c’est un démon. L’occasion était trop belle de provoquer un massacre de masse et il a sauté dessus.

— Possible. Tu penses que la bagarre va éclater cet après-midi ?

— Ça m’étonnerait. Les éléphants n’avancent pas vite et les Darshiviens font bien attention où ils mettent les pieds. Ils vont s’arrêter pour la nuit. Mais il y a des chances que nous soyons réveillés par un drôle de tintamarre, demain matin.

— Nous pourrions peut-être dépasser l’endroit de l’embuscade pendant la nuit.

— Je te le déconseille vivement. Tu ne pourrais pas allumer de torches et cette falaise tombe à pic. Si tu tombais de là-haut, tu roulerais tout du long jusqu’à la Magan.

— Tu es sûr que tu ne peux pas voler ? grommela Belgarath.

— Rien à faire. Dans l’état où sont mes plumes, tu ne m’enverrais pas là-haut avec une catapulte.

— Et si tu te changeais en canard ?

— Et si tu t’occupais de tes fesses, pour changer ?

— Ça va, ça va. Garion ! appela le vieux sorcier, résigné, il paraît que c’est à nous de jouer.

Il se laissa glisser à bas de sa monture et s’éloigna un peu vers l’avant. Garion poussa un soupir, mit pied à terre et le suivit.

Ils partirent à nouveau en éclaireurs, explorant le sol détrempé avec leur nez et leurs oreilles. Vers le soir, les parois du défilé commencèrent à s’évaser et la fameuse corniche se découpa sur le ciel, devant eux. Une fois dessus, ils poursuivirent leur chemin à petits bonds, vers le nord. Et la pluie tombait toujours, inlassable.

— Grand-père, appela mentalement Garion, on dirait qu’il y a une grotte par là, fit-il en pointant le museau vers une anfractuosité de la roche.

— Allons voir ça.

Ce n’était qu’une faille dans la paroi, et elle ne s’élargissait guère à l’intérieur, mais elle était profonde et s’enfonçait loin dans la muraille. Plus qu’une grotte, c’était un long couloir obscur.

— Qu’en penses-tu ? demanda Garion.

Les deux loups étaient plantés devant l’entrée du boyau et tentaient d’en percer les ténèbres.

— Au moins, nous serions à l’abri de la pluie, et ce serait un bon endroit pour passer la nuit. Va chercher les autres. Pendant ce temps-là, je vais faire du feu.

Garion repartit le long de la corniche vers le défilé. La pluie tombait moins fort, à présent, mais le vent se levait et il faisait de plus en plus froid.

Lorsqu’il rejoignit ses compagnons, ils sortaient de la gorge et s’engageaient sur la corniche avec méfiance.

— Encore une grotte ? fit plaintivement Silk quand Garion leur expliqua quel genre d’abri ils avaient trouvé, son grand-père et lui.

— Je vous tiendrai la main, Kheldar, proposa Velvet.

— J’apprécie cette délicate attention, Liselle, mais ça ne changera rien. Je déteste les grottes.

— Il faudra que vous me racontiez pourquoi, un jour.

— N’y compte pas. Je déteste en parler. Le seul fait d’y penser m’est une torture.

Garion les mena le long de la piste étroite qui suivait la corniche. La voiture de Ce’Nedra rebondissait sur le sol jonché de pierres. Le petit air supérieur avec lequel elle avait pris possession du cabriolet s’était effacé et elle encaissait chaque secousse en réprimant une grimace.

— Vous appelez ça une grotte ? maugréa Beldin lorsqu’ils arrivèrent à la faille dans la paroi.

— Tu peux dormir dehors si tu veux, rétorqua Belgarath.

— Il va falloir mettre des œillères aux chevaux si nous voulons qu’ils nous suivent à l’intérieur, nota Durnik. S’ils voient seulement l’ouverture ils refuseront obstinément de mettre un pied dedans.

— C’est assez mon sentiment personnel, avoua Silk. Il y a des moments où je m’émerveille de l’intelligence de ces bêtes.

— La voiture n’entrera jamais là-dedans, commenta Sadi.

— Nous pourrons la camoufler sous des toiles de tente et jeter de la terre dessus, suggéra Durnik. Elle ne devrait pas être trop visible, surtout de nuit.

— Bon, ne perdons pas de temps, coupa Belgarath. Il vaudrait mieux que nous soyons à l’abri quand il fera noir.

Il leur fallut une bonne demi-heure pour convaincre les chevaux récalcitrants de s’insinuer dans le boyau. Puis Durnik masqua l’entrée avec de la toile de tente et ressortit pour aider Essaïon et Toth à camoufler la voiture.

La louve avait fait le tour de la grotte sur trois pattes, suivie par son louveteau folâtre. Maintenant qu’il mangeait à sa faim, le petit animal jusque-là apathique était devenu très joueur. Garion remarqua que sa mère commençait à reprendre des forces et que son poil était luisant et plus fourni.

— Quel bel antre, observa-t-elle. La meute en fera-t-elle sa tanière ?

— Non, petite sœur, répondit Polgara en touillant son petit chaudron d’herbes sur le feu. Nous avons à faire en un autre endroit. Laisse-moi regarder ta blessure.

La louve s’étendit docilement près du feu et tendit sa patte blessée. Polgara lui ôta doucement son bandage et examina la plaie.

— Ça va bien mieux, dit-elle. C’est presque guéri. Cela te fait-il encore mal ?

— Il faut savoir souffrir, répondit la louve avec résignation. C’est sans importance.

— L’intensité de la douleur est une indication précieuse du temps que mettra le mal à disparaître.

— C’est vrai, admit la bête. J’ai moi-même observé ce phénomène à plusieurs reprises déjà. Je souffre moins. Je pense que le mal s’en va.

Polgara bassina la patte blessée dans le liquide astringent contenu dans son chaudron, puis elle malaxa une nouvelle fois les herbes écrasées avec du savon et du sucre, appliqua la pâte obtenue sur la blessure et remit le bandage en place.

— Il ne sera plus nécessaire de recommencer, petite sœur, annonça-t-elle. La plaie est en bonne voie de cicatrisation.

— Sois-en remerciée, dit simplement la louve. Pour-rai-je marcher quand reviendra le jour ? La chose aux pieds ronds est peu confortable, et celle qui la fait marcher parle beaucoup.

— Il vaudrait mieux que tu remontes dedans pendant un autre jour, lui conseilla Polgara. Accorde encore ce temps au mal pour passer.

La louve soupira et posa son museau sur ses pattes.

Ils allèrent chercher de l’eau à une source voisine et Polgara prépara le dîner. Après avoir mangé, Belgarath se leva et fit signe à Garion.

— Allons jeter un coup d’œil aux environs, suggéra-t-il. J’aimerais bien savoir ce qui se passe.

Les deux hommes quittèrent la grotte et apportèrent un casse-croûte à Silk. Garion avait remarqué avec amusement que le petit Drasnien ne s’était pas fait prier pour monter la garde.

— Où allez-vous ? demanda-t-il en s’asseyant sur une pierre pour déguster son souper.

— Nous allons fouiner un peu aux alentours, répondit Belgarath.

— Bonne idée. Vous avez besoin de moi ?

— Non. Vous serez plus utile ici. Ouvrez l’œil et avertissez les autres si vous voyez approcher quoi que ce soit.

Le vieux sorcier et son petit-fils suivirent la corniche sur quelques centaines de pieds et se métamorphosèrent. Garion s’était si souvent transformé au cours des derniers mois que la distinction entre ses deux formes commençait à s’estomper pour lui, et il s’était plusieurs fois surpris, alors qu’il était sous sa forme humaine, à penser dans le langage des loups. Il songeait à cette étrange dépersonnalisation tout en courant derrière le grand loup argenté lorsque celui-ci s’arrêta net.

— Pense à ce que tu fais, grogna-t-il. Tes oreilles et ton nez ne te serviront pas à grand-chose si tu es dans la lune.

— Oui, vénérable chef de meute, répondit humblement Garion.

Les loups n’avaient pas souvent besoin d’être rappelés à l’ordre et se sentaient tout penauds quand ça leur arrivait.

Ils s’arrêtèrent à l’endroit où le bord de la corniche s’était effondré lors du tremblement de terre. Les collines qui descendaient des montagnes vers la plaine étaient invisibles dans le noir. L’armée d’Urvon avait manifestement reçu l’ordre de ne pas faire de feu. Mais dans la plaine proprement dite, une multitude de feux de camp vacillaient telle une constellation de petites étoiles orange.

— Zandramas dispose d’une énorme armée, projeta silencieusement Garion.

— Oui, acquiesça son grand-père. Le combat de demain matin risque de durer un moment. Même les démons de Nahaz auront besoin d’un certain temps pour exterminer autant de gens.

— Plus longtemps ça durera, mieux ça vaudra. Ils peuvent y mettre la semaine si ça leur chante. Avec un peu de chance, nous serons à mi-chemin de Kell avant qu’ils en aient terminé.

— Montons encore un peu, fît Belgarath après un coup d’œil circulaire sur les environs.

Beldin les avait bien mis en garde contre les éclaireurs des deux armées qui pouvaient se trouver dans le haut des collines, mais les deux loups ne rencontrèrent personne.

— Ils doivent être au rapport, fit la voix de Belgarath dans l’esprit de Garion. Ils ressortiront demain matin à la première heure. Allez, on rentre. Il est temps d’aller dormir.

Ils se levèrent avant l’aube et prirent leur petit déjeuner en silence. Ils ne comptaient que des ennemis dans les deux armées qui avaient pris position en dessous d’eux, mais l’idée du bain de sang qui se préparait ne leur inspirait aucun plaisir particulier. Après avoir mangé, ils traînèrent leurs affaires hors de la grotte et firent sortir les chevaux.

— Vous êtes bien silencieux, Garion, remarqua Zakath alors qu’ils sellaient leurs montures.

— Je me demandais seulement s’il n’y avait pas moyen d’empêcher cette boucherie.

— Je ne vois pas comment, répondit l’empereur de Mallorée. Les deux camps sont trop fermement ancrés sur leurs positions. Il est trop tard pour y changer quoi que ce soit. Les Darshiviens vont avancer et l’armée d’Urvon va tendre son embuscade. J’ai organisé assez de batailles pour savoir qu’à partir d’un certain moment, les choses deviennent inéluctables.

— Comme la bataille de Thull Mardu.

— Thull Mardu était une erreur, admit Zakath. J’aurais dû prendre l’armée de Ce’Nedra à revers au lieu d’essayer de l’enfoncer. Les Grolims m’avaient convaincu qu’ils pourraient maintenir ce brouillard pendant toute la journée. J’aurais dû me méfier. Et j’ai eu tort de sous-estimer les archers asturiens. Comment peuvent-ils tirer leurs flèches aussi vite ?

— Ils ont un truc. Lelldorin m’a montré comment ils faisaient.

— Lelldorin ?

— Un de mes amis asturiens.

— J’ai toujours entendu dire que les Arendais étaient d’une sottise qui frisait la débilité profonde.

— Ça, ils sont un peu lourdingues, je vous l’accorde. C’est peut-être ce qui fait d’eux de si bons soldats. Ils n’ont pas assez de cervelle pour avoir peur. Il ne viendrait jamais à l’esprit de Mandorallen qu’il pourrait perdre un combat, ajouta-t-il, en souriant dans le noir. Il affronterait votre armée entière à lui tout seul.

— Le baron de Vo Mandor ? J’ai entendu parler de lui, fit Zakath avec un petit ricanement. Si ce qu’on m’a dit est vrai, il serait fichu de l’emporter, qui sait ?

— Ne lui dites jamais ça. Il s’attire déjà assez d’ennuis comme ça. Enfin, j’aimerais bien qu’il soit là, soupira Garion. Et Barak, et Hettar, et même Relg.

— Relg ?

— Un mystique ulgo. Il a le pouvoir de traverser la pierre. Ne me demandez pas comment il fait, je n’en ai aucune idée, continua-t-il en réponse au regard intrigué du Malloréen. Une fois, je l’ai vu enfoncer un Grolim dans un énorme rocher. Il n’en a laissé dépasser que les mains, et on voyait ses doigts qui remuaient…

Zakath réprima une grimace de dégoût.

Ils se mirent en selle et gravirent lentement la ravine, la voiture de Ce’Nedra cahotant derrière eux. Comme le jour se levait, Garion constata qu’ils approchaient de l’endroit où la falaise surplombait le théâtre de la bataille imminente.

— Belgarath, souffla Zakath, je peux faire une suggestion ?

— Je suis toujours intéressé par les suggestions.

— C’est probablement le seul point d’où on peut voir ce qui se passe en bas. Vous ne pensez pas qu’avant d’aller plus loin nous ferions mieux de vérifier que les armées sont bien engagées dans la bataille ? Si les Darshiviens échappent à l’embuscade d’Urvon, ils seront à quelques lieues à peine derrière nous et nous n’aurons pas intérêt à musarder.

— Vous avez raison, acquiesça le vieux sorcier, le sourcil froncé. Autant en profiter pour nous faire une idée exacte de la situation. Très bien, vous autres, annonça-t-il à la cantonade en descendant de cheval. Nous allons continuer à pied. Le bord de la falaise devrait nous offrir un abri suffisant pour que nous puissions observer sans nous faire repérer.

— Nous vous attendons ici, ces dames et moi, décréta Polgara. Nous avons vu assez de massacres comme ça pour nous dispenser de ce spectacle. Tu restes avec nous, Essaïon, ajouta-t-elle fermement.

— Oui, Polgara.

Les hommes allèrent s’accroupir au bord de la corniche, derrière la lèvre hérissée de pierres. Les sombres nuages qui pesaient sur Darshiva plongeaient la plaine maudite dans un crépuscule de fin du monde. De minuscules silhouettes se déplaçaient lentement, telles des fourmis perdues dans l’immensité.

— Je viens de déceler une faille dans un plan par ailleurs remarquable, murmura Zakath avec un drôle de petit sourire. Ils sont si loin que les détails nous échappent.

— Ce n’est pas un problème insoluble, grommela Beldin. Les yeux du faucon sont dix fois plus perçants que ceux de l’homme. Un vol de reconnaissance au-dessus d’eux et je vous garantis que vous serez au courant de tout.

— Tu es sûr que tes plumes sont sèches ? demanda Belgarath.

— C’est pour ça que j’ai dormi près du feu, cette nuit.

— Très bien. Tiens-moi au courant.

— Évidemment.

Le petit sorcier bossu se pencha en avant et sa silhouette devint floue. D’un bond, le faucon se posa sur un rocher. Il parcourut la plaine de son regard farouche, déploya ses ailes et plongea la tête la première dans le vide.

— Et vous, vous avez l’air de trouver ça normal, murmura Zakath.

— Personnellement, ce n’est pas que je sois blasé, c’est plutôt que j’en reste complètement baba, rectifia Sadi. La première fois que je l’ai vu faire, mes cheveux se sont dressés sur ma tête, ce qui n’est pas rien, ajouta-t-il en passant la main sur son crâne rasé.

— L’armée d’Urvon est cachée dans des creux, en haut des parois, de chaque côté de ce long défilé, annonça Belgarath, leur répétant le message silencieux du faucon qui planait dans le ciel gris, loin en dessous d’eux. Et les éléphants avancent droit sur ce même défilé.

Zakath se pencha au bord de la corniche et scruta l’abîme.

— Attention, fit Garion en le retenant par le bras.

— Vous avez raison, ça ferait un beau plongeon… En attendant, je comprends pourquoi les Darshiviens ont décidé d’emprunter ce défilé. Il se divise en deux, au pied de cette falaise, et l’une des branches va vers le nord, probablement vers la route des caravanes. Ce n’était pas une mauvaise idée, reprit-il d’un ton méditatif. Si Nahaz n’avait pas crevé ses troupes, les Darshiviens seraient arrivés à la route en premier et ils auraient pu tendre à l’ennemi une embuscade de leur cru. C’est l’une des raisons pour lesquelles je n’aime pas opérer en terrain accidenté, soupira-t-il en s’éloignant du bord. J’ai essuyé de sérieux déboires, au Cthol Murgos.

— Les éléphants se mettent en colonne, annonça Belgarath, et le reste des Darshiviens s’étirent derrière eux.

— Ont-ils envoyé des hommes en reconnaissance ? s’enquit le Malloréen.

— Oui, mais ils n’explorent que le fond du défilé. Quelques-uns avaient escaladé les parois pour jeter un coup d’œil d’en haut, mais les Mâtins leur ont réglé leur compte.

Ils attendirent pendant que Beldin décrivait des cercles au-dessus des deux armées.

— L’issue est inéluctable, déclara tristement le vieux sorcier. Les éléphants s’engagent dans le défilé.

— Ça m’ennuie pour ces pauvres bêtes, soupira Durnik. Elles n’ont fait de mal à personne, elles. Si seulement ils ne leur balançaient pas de buissons enflammés dessus…

— C’est la tactique habituelle, commenta calmement Zakath. Le feu est la seule chose dont ces mastodontes ont vraiment peur. Ils vont foncer aveuglément vers le fond du défilé.

— Droit sur les Darshiviens, ajouta Silk d’un air désabusé. Nahaz devrait avoir sa dose de sang, aujourd’hui.

— Nous sommes vraiment obligés de regarder ça ? reprit le forgeron.

— Nous devons attendre le début des hostilités, décréta fermement Belgarath.

— Bon, eh bien, vous regarderez pour moi. Je retourne auprès de Pol.

Il battit en retraite et redescendit la corniche, Toth sur ses talons.

— Il a l’air très doux, hein ? constata Zakath.

— C’est un bon et brave homme, acquiesça Garion. Mais quand il estime qu’une chose est nécessaire, il ne recule devant rien.

— Tu te rappelles le jour où il a pourchassé ce Murgo dans les sables mouvants et l’a regardé s’enfoncer ? fit Silk en s’ébrouant comme pour chasser une idée désagréable.

— Ça ne devrait plus traîner, maintenant, reprit Belgarath d’une voix tendue. Le dernier éléphant vient d’entrer dans le défilé.

Ils attendirent. Garion eut tout à coup l’impression qu’il faisait très froid.

Ils étaient à plus d’une lieue du théâtre des opérations, mais ils eurent l’impression qu’un orage venait d’éclater au-dessus de leurs têtes lorsque les troupes d’Urvon firent rouler les premiers rochers sur les éléphants. Ils perçurent les barrissements, étouffés par la distance, des énormes bêtes terrorisées, puis ils virent des flammes et des tourbillons de fumée remonter de la gorge quand les brutes karandaques commencèrent à projeter sur les animaux impuissants d’immenses masses de buissons embrasés.

— Je crois que j’en ai assez vu, annonça Sadi.

Il se releva et redescendit la corniche à son tour.

Aux barrissements affolés des éléphants se mêlèrent tout à coup des hurlements humains, et Beldin expliqua aux autres que les pachydermes survivants, pris de panique, avaient fait volte-face et chargé les soldats darshiviens prisonniers au fond du défilé.

Puis le faucon remonta de l’abîme et se posa sur le rocher d’où il avait pris son envol.

— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Silk. Là-bas, à l’entrée du défilé ?

C’était comme si une vaste zone de perturbation était apparue dans le lointain grisâtre, à la limite de la plaine. L’air vibrait de lumières changeantes, de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, et d’éclairs de chaleur livides. Puis, d’un seul coup, l’étrange impression lumineuse se condensa en un véritable cauchemar.

— Par Belar ! jura Silk. C’est plus grand qu’un hangar !

C’était une abomination, un être immonde doté de trois yeux luisants d’une lueur maléfique, d’une gueule monstrueuse, hérissée de crocs démesurés, et de douze bras agités de mouvements sinueux, qui fouettaient l’air comme des serpents. Le monstre s’ébranla, faisant trembler le sol à chaque pas, envoya promener sans ménagement, de ses immenses pattes griffues, les éléphants pas plus gros que des souris pour lui, et s’engagea dans le défilé, indifférent aux flammes et aux rochers qui glissaient tels des flocons de neige sur ce qui lui tenait lieu d’épaules.

— Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda Zakath d’une voix étranglée.

— Mordja, répondit Belgarath. J’ai fait sa connaissance chez les Morindiens. Là-bas, ils l’appellent Hoija. Il a le genre de faciès qu’on n’oublie pas facilement.

Le démon plongea ses ignobles pattes griffues dans le fond du défilé, en ramena des bataillons entiers de Karandaques et les lança négligemment, avec une force terrifiante, sur les roches environnantes où ils s’écrasèrent comme des fruits trop mûrs.

— On dirait que le sort de la bataille vient de tourner, soupira Silk. Bien, je vous propose un référendum sur la question suivante : on se barre d’ici, et en vitesse, d’accord ?

Le Démon Majeur Mordja leva son mufle hideux et poussa un hurlement évoquant des paroles proférées dans une langue trop ignoble pour l’entendement humain.

— Restez là ! ordonna Belgarath en retenant Silk par le bras. La partie n’est pas encore jouée. C’était un défi, et Nahaz ne pourra pas le laisser passer.

L’air s’emplit de reflets colorés, miroitants, à l’autre bout du défilé, et une seconde abomination émergea au centre de ce chatoiement. Garion ne le voyait que de dos, ce dont il se réjouit, mais il constata que de ses épaules massives surgissaient aussi de longs bras écailleux grouillants comme des reptiles.

— Tu oses me défier, Mordja ? rugit le démon d’une voix qui fissura la roche.

— Je ne te crains pas, Nahaz ! beugla Mordja en retour. Notre haine se perpétue depuis mille fois mille années. Qu’elle prenne fin ici, pour jamais ! J’annoncerai ta mort au roi des Enfers et lui apporterai ta tête comme preuve de mes dires !

— Ma tête est à toi, rétorqua Nahaz avec un rire effroyable. Viens la chercher – si tu l’oses !

— Et tu remettrais la pierre du pouvoir entre les mains du Disciple fou de Torak le mutilé ? ironisa Mordja.

— Ton séjour au pays des Morindiens t’a privé de raison ! La pierre du pouvoir sera mienne. Je régnerai sur les fourmis qui grouillent à la face de ce monde, je les élèverai tel du bétail et m’en repaîtrai quand j’aurai faim.

— Comment feras-tu, Nahaz, pour te nourrir sans tête ? C’est moi qui établirai mon règne sur ce monde et m’en rassasierai, car la pierre du pouvoir sera à moi.

— C’est ce que nous allons bientôt voir, Mordja. Viens et battons-nous. Luttons pour la tête l’un de l’autre et pour la pierre que tous deux nous convoitons.

À ces mots, Nahaz fit volte-face et ses yeux embrasés de haine fouillèrent le haut de la falaise où Garion et ses amis étaient embusqués. Un sifflement volcanique surgit de ses lèvres difformes.

— L’Enfant de Lumière ! rugit le démon. Cent et mille fois loué soit le roi des Enfers qui l’a mené à ma portée ! Je le déchiquetterai et lui ravirai sa pierre. Tu es perdu, Mordja. Cette gemme, entre mes mains, sera ta condamnation.

Avec une vitesse stupéfiante, le Démon Majeur Nahaz franchit l’éboulis rocheux amassé au pied de la falaise et entreprit d’escalader la paroi abrupte en se cramponnant avec ses monstrueuses pattes griffues, hissant son énorme torse écailleux vers la corniche.

— Il grimpe là-dessus comme une mouche ! hoqueta Silk. Fichons le camp d’ici !

Le Démon Majeur Mordja resta un moment interdit, puis il courut lui aussi vers le roc à pic et en entama l’ascension.

Garion se redressa et plongea le regard dans le gouffre, vers les deux monstres infernaux agrippés à la paroi abrupte. Il tendit la main par-dessus son épaule, dégaina son épée et ôta, avec un détachement surnaturel, l’étui de cuir souple qui couvrait la poignée. L’Orbe se mit à luire. Il prit son arme à deux mains et la flamme bleue familière embrasa la lame.

— Garion ! s’exclama Zakath.

— C’est l’Orbe qu’ils veulent, fit âprement le jeune roi de Riva, eh bien, qu’ils viennent la chercher. Seulement ils risquent de tomber sur un bec !

Durnik s’interposa avant. Il était torse nu et tenait dans la main droite un marteau monstrueux qui luisait de la même lueur bleue que l’épée de Garion.

— Excuse-moi, Garion, dit-il d’un ton calme, presque désinvolte, mais c’est ma tâche.

Polgara était venue avec lui. Le visage de la sorcière ne trahissait aucune crainte. Elle portait sa cape bleue et la mèche blanche qui striait sa chevelure d’ébène brillait d’un éclat éblouissant.

— Que se passe-t-il ? demanda Belgarath.

— Ne te mêle pas de ça, Père, lança Polgara. Ça devait finir par arriver.

Le forgeron avança au bord de la falaise et regarda les deux horreurs qui montaient vers lui, tels des insectes monstrueux accrochés à la paroi verticale.

— Je vous conjure de retourner là d’où vous venez ou vous mourrez ! leur ordonna-t-il.

Une autre voix parlait en même temps que lui, une voix calme et douce, mais chargée d’un tel pouvoir que Garion fut secoué comme un arbre pris dans une tornade. Il connaissait cette voix.

— Allez-vous-en ! tempêta Durnik en ponctuant son ordre d’un prodigieux coup de marteau qui réduisit un rocher en poussière.

Les démons qui escaladaient la falaise marquèrent une hésitation.

Ce fut à peine perceptible au début. Garion crut d’abord que son plus vieil ami bandait ses muscles en prévision d’un impossible combat. Il eut l’impression que sa poitrine et ses épaules gonflaient, puis il le vit grandir. Arrivé à dix pieds de haut, il offrait une vision terrifiante. À vingt, elle devint inconcevable. L’immense marteau qu’il tenait à la main augmentait en même temps que lui, et le halo bleu qui l’entourait devenait plus intense, et il continuait à monter et à se dilater, écartant la grisaille du ciel avec ses épaules massives. Les roches mêmes semblaient reculer devant lui, alors que son marteau étincelant décrivait d’immenses moulinets au bout de son terrible bras.

Le Démon Majeur Mordja se figea, collé à la paroi. Sa face bestiale exprima tout à coup une indicible épouvante. Et la roche tombait toujours, par pans entiers, sous le marteau sonore du forgeron.

Nahaz, pendant ce temps, poursuivait son escalade, les yeux embrasés d’une haine insane, sa gueule immonde, écumante de bave, crachant des imprécations dans l’effroyable langue que seuls connaissent les démons.

— Ainsi soit-il, tonna Durnik.

Seulement sa voix n’était plus la sienne mais l’autre, la voix grave et sèche qui retentissait aux oreilles de Garion tel l’écho même de la destinée.

Le Démon Majeur Mordja leva les yeux vers le haut de la paroi et son terrible faciès s’emplit de terreur. Puis, brusquement, il relâcha sa prise sur la paroi rocheuse, tomba, roula et dégringola sur les roches éboulées amassées au pied. Il s’enfuit alors en hurlant, ses bras innombrables levés comme pour la protéger au-dessus de l’abomination qui était sa tête.

Nahaz, lui, grimpait toujours, les yeux lançant des éclairs démentiels. Il continua à enfoncer ses griffes dans la roche jusqu’à ce que ses immenses épaules arrivent au niveau de la corniche.

Alors Durnik noua ses deux énormes mains sur le manche étincelant de son marteau et recula de quelques pas, presque courtoisement.

— Non, Durnik ! s’écria Silk. Ne le laissez pas prendre pied sur la corniche !

Un léger sourire effleura le bon visage honnête du forgeron. Il fit à nouveau tournoyer son énorme marteau dans l’air, comme pour s’exercer, et le vent de sa course rugit à leurs oreilles.

Nahaz hissa sa masse immonde par-dessus la lèvre de la falaise, se redressa en griffant le ciel de ses membres écailleux et se mit à rugir tel un dément dans la langue hideuse des démons.

Durnik cracha dans ses mains, l’une après l’autre, et les fit glisser sur le manche de sa gigantesque cognée afin d’assurer sa prise, puis il administra un coup énorme, prodigieux, de son arme, en plein dans le torse du Démon Majeur.

— Va-t’en ! rugit le forgeron d’une voix de tonnerre.

Il frappa encore, et encore, inébranlablement.

A chaque coup, son marteau arrachait des étincelles farouches au corps du démon, un jaillissement de flammèches orange, ternes, qui crépitaient et rebondissaient sur le sol, tels des cafards de feu.

Et Durnik frappait toujours.

Garion reconnut alors le rythme de ses coups. Son ami ne se battait pas. Il assenait ses coups avec la précision ancestrale de l’homme dont les outils ne font que prolonger les bras. Et le marteau flamboyant s’écrasait sans trêve ni relâche sur le Démon Majeur, lui arrachant à chaque fois une gerbe d’étincelles. Et Nahaz se recroquevillait, tentait de protéger son corps de ces impacts effroyables, qui eussent ébranlé une montagne. Et chaque fois que Durnik abattait son marteau, il rugissait : « Va-t’en ! » Et peu à peu, comme il aurait fait voler la roche en éclats, il détachait des fragments du démon. Et les pythons grouillants qui étaient ses bras tombèrent dans le gouffre, et d’énormes trous pareils à des cratères s’ouvrirent dans son torse.

Garion ne put supporter plus longtemps cette effroyable vision et détourna les yeux. Tout là-bas, dans la plaine, il vit le trône d’Urvon. Ses porteurs avaient pris la fuite et le Disciple fou faisait des bonds sur l’éboulis rocheux, au pied de la falaise, en poussant des cris insensés.

Et Durnik frappait encore.

— Va-t’en !

Et encore.

— Va-t’en !

Et toujours, inlassablement.

— Va-t’en !

Nahaz recula d’un pas incertain, toute résistance vaincue, puis le bord de la falaise céda sous sa masse. Il bascula et s’abattit dans le vide avec un hurlement de rage et de désespoir. Il tomba comme une pierre, environné d’une luminescence verte qui s’étirait derrière lui telle la queue d’une comète, et il s’enfonça dans le sol. Mais avant de disparaître, il détendit spasmodiquement un de ses bras reptiliens, emprisonnant le dernier Disciple de Torak dans une étreinte mortelle. Alors, comme se referme l’eau autour de la main qu’on en ôte, la terre engloutit le Démon Majeur Nahaz et les cris stridents de sa proie.

Quand Garion regarda à nouveau Durnik, il avait retrouvé sa taille normale. Sa poitrine, ses bras ruisselaient de sueur et il était à bout de souffle. L’éclat du marteau qu’il n’avait pas lâché devint éblouissant, puis la lueur incandescente reflua peu à peu et le forgeron se retrouva la main crispée sur une médaille d’argent dont la chaîne était enroulée autour de ses doigts.

— Sachez, vous tous, fit, dans un murmure, la voix qui s’était superposée à celle de Durnik pendant son terrible affrontement avec le Démon Majeur, sachez que cet homme de bien est lui aussi mon Disciple bien-aimé, puisque de vous tous il était le mieux à même d’accomplir cette tâche.

Belgarath s’inclina en direction de la voix.

— Ainsi soit-il, Maître, dit-il, la gorge nouée par l’émotion. Nous l’accueillons parmi nous et le prenons pour notre frère.

Polgara s’approcha de Durnik avec un sourire extatique et lui écarta doucement les doigts pour regarder son amulette.

— Évidemment, murmura-t-elle.

Elle passa tendrement la chaîne autour du cou de son mari et l’embrassa avec amour en le serrant très fort contre elle.

— Je t’en prie, Pol, se récria-t-il, les joues en feu. Je te rappelle que nous ne sommes pas seuls.

Elle éclata de ce rire de gorge, chaleureux et grave, qui lui ressemblait tant et resserra encore son étreinte sur lui.

— Beau boulot, mon frère, commenta Beldin avec un sourire indéchiffrable. Mais j’imagine que tu as eu chaud !

Il tendit la main, tira du néant une chope de bière mousseuse et la tendit au nouveau Disciple d’Aldur. Lequel Disciple la vida avec reconnaissance.

— Il y avait longtemps, bien longtemps, que nous n’avions eu de nouveau frère, s’exclama Belgarath en lui flanquant une grande claque sur l’épaule, puis il lui donna une rapide accolade.

— Comme c’est beau ! fit Ce’Nedra d’une petite voix étranglée.

Velvet lui passa discrètement son petit mouchoir arachnéen.

— Qu’y a-t-il sur son amulette ? demanda-t-elle avec une retenue inhabituelle.

— Un marteau, lui répondit Belgarath. Que vouliez-vous qu’il y ait d’autre ?

— Si vous me permettez une suggestion, Vénérable Ancien, intervint respectueusement Sadi, les armées qui s’affrontent dans la plaine semblent en plein désarroi. Vous ne pensez pas qu’il serait judicieux de partir avant qu’elles ne reprennent leurs esprits ?

— Vous m’ôtez les mots de la bouche, approuva chaleureusement Silk en lui mettant la main sur l’épaule.

— Ils ont raison, Belgarath, renchérit Beldin. Ce pour quoi on nous avait envoyés ici est accompli – grâce à Durnik, souligna-t-il en se penchant pour jeter un coup d’œil dans l’abîme. Je ne sais pas ce que j’aurais donné pour tuer Urvon de mes propres mains, mais c’est peut-être aussi bien comme ça. J’espère qu’il appréciera son séjour aux Enfers, soupira-t-il en guise d’oraison funèbre.

Un rire éclata tout à coup au-dessus d’eux. Un rire strident, triomphal. Garion fit volte-face puis se figea, paralysé par la stupeur. Au sommet de la crête se dressait la silhouette noire de la sorcière de Darshiva. Un petit garçon blond était debout à côté d’elle. Il avait beaucoup changé depuis plus d’un an qu’il avait été enlevé, mais Garion reconnut aussitôt Geran.

— Tu me sers mieux qu’aucun de mes serviteurs ! s’exclama Zandramas. Je n’aurais pu trouver meilleure fin pour le dernier Disciple de Torak. Toi seul, Enfant de Lumière, te dresses dorénavant entre Cthrag Sardius et moi. J’attendrai ta venue à l’Endroit-qui-n’est-plus. Là, tu me verras donner un Nouveau Dieu aux Angaraks, un Nouveau Dieu qui régnera sur le monde jusqu’à la fin des âges !

Lorsqu’ils disparurent, Zandramas et lui, Geran tendit la main vers Ce’Nedra dans une attitude implorante.

— Comme c’est remarquable, fit la louve, sidérée.

La sorciere de Darshiva
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